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Moma Nono

HUMOUR

Moma Nono

— Noorrberr, ti ki fai enco mal à ami ?

Une petite maisonnée en campagne couverte de neige, un feu dans une cheminée, une table de fortune faite de rondins en bois, une chambre éclairée par une faible lueur de bougie, une voix grinçante, faiblarde, vieille en son, sort de la pièce. Un jeune adolescent blond, bien trop grand pour son âge, habillé de haillons, sale, joue avec un rat sous la table. La voix le fait sursauter. Il se cogne la tête.

— No Moma Nono, mi no fait pas mal à ami. Mi fait jouer avé ra ami. Ti gaçon sage, ti gaçon genti.

— No, no, Noorrberr, mi ti voit. Mi écoute ami pleuré, ti lui à faire mal, méchant Noorrberr.

— No Moma Nono, mi ti jure. Ti gaçon sage, ti gaçon genti. Mi ti jure, Moma Nono.

— Ah, Noorrberr, ti fâché mi. Mi écoute gaçon ami pleurer. Mi vient, mi donner bâton à ti.

— No Moma Nono, mi gentil.

— Ah…

La voix s’est arrêtée, un autre son en a prit le relais. Un pas glissant suivi d’un choc lourd en simultané. Quelqu’un s’avance d’une démarche fatigante, pénible. Arrachant à une vieillesse hivernale une ombre sort de la chambrée. Une minuscule naine, visage déformé par des lunettes inadaptées qui lui mangent la moitié de sa face. Vieille dame, vieilles années, tablier. Chignon sévère mais regard sincère. Aidée d’une cane, de son courage, son pied-bot la fait souffrir. Mais son devoir est plus grand, son éducation est plus forte, sa famille est la force, son moteur, son petit garçon. Elle s’avance de la discipline amour.

— Mi ta vu. Ti vois ?

Le grand petit Norbert est sortit de dessous sa table pour se mettre debout tête baissée devant l’autorité de sa Moma.

Trois fois la taille de sa Moma, cinq fois son poids. Sumo Norbert crapaud devant fourmi, plié par deux par l’obéissance, divisé par quatre du respect, au carré de l’amour, il ne reste plus qu’un bébé. Moma multiplié par la dévotion, à la puissance mille de l’amour, les rôles se sont inversés.

— Mi ti vois, Moma Nono, mi y fais pas mal à ami. Mi gaçon sage, mi gaçon genti.

— No, no. Qui tient ti arrière ton main ?

— Mi tient ra ami. Ti vois, mi pas mal a fait à ami, Moma.

— Ti ra ami na plu vi, ti voit ti à fait mal à ra ami.

Des larmes coulent abondamment des yeux de l’ogre. Pluie de chagrin, douche Moma amie. Peine, amour, patrie.

— Bo, ti pleure pas, ti pas méchant. Mais ji veux pas ti faire encore mal à ti ami. Ti gaçon sage, ti gaçon genti.

— Moma, ti excuse mi. Mi pas gaçon sage, pas gaçon genti.

La tour s’est pliée pour embrasser le pont. Pont que forme le dos de Norbert appuyé sur sa Moma amie. Enfant que souvenirs relient au spectre de celle qui était là pour lui. Pour celui qui est différent des autres, accepté tel qu’il est. Elles sont le bonheur, la dévotion, un champ de fleurs dans une saison figée, un hiver long, long, sans escale pour elles. Elle est celle qui aime son garçon sage, son garçon gentil. Celle qui élève un monstre en puissance, range sa haine à double-tour dans un coffre d’amour. Pas qu’il fasse du mal, mon Nono, pas qu’il soit méchant… parce que la vie tue les monstres, les gens différents, les petits garçons pas sages, les petits garçons pas gentils…  

— Ji t’aime, Moma Nono.

— Mi t’aime, mi ti gaçon sage, mi ti gaçon genti.

La porte ouverte aux souvenirs douloureux, Norbert en fait les frais. Avertissement donné, pas tenu compte. Ce spectre qui nous joue des tours, c’est notre mémoire, devoir, notre amour.

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